Orteils en griffe

Le terme d’« orteil en griffe» désigne une déformation fréquente des orteils, très souvent féminine. Elle s’exprime à cause des conflits entre l’orteil déformé et la chaussure ou le sol.

Causes

Mécaniques

Tout comme pour l’hallux valgus, des causes mécaniques sont susceptibles de favoriser l’apparition d’orteils en griffe.
Les chaussures étroites et courtes resserrent les orteils et leur offrent un espace restreint. Les talons hauts agissent de même en propulsant l’avant-pied et donc les orteils contre le bout de la chaussure.

Anatomiques

Plusieurs morphologies d’avant-pieds sont décrites, dont le pied « grec ». Dans cette situation, le 2ème orteil est le plus long, y compris plus long que le gros orteil. La conséquence est un risque accru de déformation de ce 2ème orteil qui vient buter contre le bout de la chaussure.

Pied grec : le deuxième orteil est le plus long de tous les orteils. Il vient buter contre le bout de la chaussure

Pied grec : le deuxième orteil est le plus long de tous les orteils. Il vient buter contre le bout de la chaussure

La morphologie globale du pied est aussi un paramètre important. Les pieds creux, dont l’arche interne est trop prononcée, s’accompagne fréquemment de griffes d’orteils. Chez ces patients les métatarsiens sont très verticaux ce qui initie la déformation des orteils. Les symptôme apparaissent ensuite, après de nombreuses années d’évolution.
Enfin, d’autres atteintes de l’avant-pied telle que l’hallux valgus est une cause très fréquente de griffe d’orteil. En présence de ces anomalies, c’est tout le 2ème rayon qui est surchargé mécaniquement. Les éléments anatomiques articulaire plantaires se dégradent et la déformation s’installe.
Il s’agit des causes les plus fréquentes de griffes d’orteils, mais bien d’autres peuvent se rencontrer.

Différentes formes d’orteils en griffe

Stades évolutifs

A l’exception du gros orteil, tous les orteils comportent 3 phalanges. Trois articulations peuvent participer à la déformation : métatarso-phalangienne (MP), inter-phalangienne proximale (IPP), et inter-phalangienne distale (IPD).
Plusieurs formes de griffes sont donc décrites en fonction de l’articulation (ou des articulations) atteinte :

  • la plus classique et férquente : la griffe proximale. La déformation concerne l’IPP et un cor se forme au dos de l’orteil.
  • la griffe distale, appelée également orteil en marteau : la déformation concerne l’IPD et un cor peut se former au dos de l’orteil ou sur la pulpe.
  • griffe totale : c’est la somme des deux précédentes.
  • la plus rare, la griffe inversée, ou en col de cygne. Les déformations concernent aussi l’IPP et l’IPD mais les cors sont situés à la fois au dos de l’orteil et au-dessous.
Orteil en griffe : griffe proximale avec cor dorsal en regard de l'articulation IPP

Orteil en griffe : griffe proximale avec cor dorsal en regard de l’articulation IPP

Orteil en griffe : griffe distale avec cor dorsal en regard de l'articulation IPD et cor pulpaire (invisible ici)

Orteil en griffe : griffe distale avec cor dorsal en regard de l’articulation IPD et cor pulpaire (invisible ici)

Orteil en griffe : griffe inversée avec cor dorsal en regard de l'articulation IPP et plantaire en regard de l'articulation IPD

Orteil en griffe : griffe inversée avec cor dorsal en regard de l’articulation IPP et plantaire en regard de l’articulation IPD

L’évolution des griffes doit être prise en compte. Lorsque la déformation s’installe elle est réductible, pour s’enraidir au fil du temps et devenir fixée. Si l’évolution se poursuit, une luxation de l’orteil (dans son articulation MP) peut être observée. Ces stades évolutifs doivent être identifiés car les traitement ne sont pas identiques.

Conflits entre orteils

La griffe déforme en général l’orteil dans l’axe. Mais il arrive qu’une déviation apparaisse qui fasse se chevaucher les orteils. On parle d’orteil supraductus (lorsqu’il se positionne au-dessus d’un autre) ou infraductus (lorsqu’il se positionne en-dessous).

Conflit entre orteils : 2ème orteil supradductus

Conflit entre orteils : 2ème orteil supradductus

Conflit entre orteils : aspect postopératoire

Conflit entre orteils : aspect postopératoire

Une autre atteinte apparentée porte le nom d’« oeil de perdrix ». Les orteils son resserrés les uns contre les autres et leurs reliefs osseux entrent en contact. La peau souffre et deux cors se forment en miroir, l’un face à l’autre sur les deux orteils concernés.

Conflit entre orteils : oeil de perdrix

Conflit entre orteils : oeil de perdrix

Conséquences au quotidien

La principale conséquence de la griffe d’orteils est la réaction de la peau. La déformation place l’orteil en position de conflit avec la chaussure ou le sol . La peau s’épaissit en regard des zones de conflit, créant des cors, ou durillons. Ils peuvent être localisés au dos de l’orteil, mais également sous l’orteil ou à l’extrémité sur sa pulpe.
Ces cors sont sources de douleurs, parfois intense notamment lorsqu’ils sont pulpaires.
En absence de traitement, des plaies se forment à leur surface et les cors s’infectent. Compte tenu de leur proximité avec les articulations, ces infections font risquer leur diffusion à ces articulations et aux os correspondants. Une arthrite, voire une ostéite, peuvent ainsi survenir.

Eviter la chirurgie

La toute première solution consiste à adapter le choix des chaussures à la déformation. Des chaussures souples et spacieuses sont évidemment à privilégier.
Le pédicure-podologue est le professionnel de santé le plus à même de traiter les durillons. Il les excise en superficie, là où la corne est très épaisse. Il emploie pour cela des bistouris similaires à ceux du chirurgien. Ces soins sont temporaires puisque la peau (et donc la corne) se renouvelle à mesure que le conflit avec les chaussures se poursuit.
Une autre approche consiste à confectionner des moulages (appelés orthoplasties) en silicone pour protéger les orteils. Sur mesure, ils sont fabriqués par le podologue pour empêcher le contact entre les cors et les chaussures. Lorsque la griffe est encore réductibles, il est rare que les orthoplasties réussissent à corriger la déformation.

Orthoplastie siliconée moulée sur mesure permattant de reculer la chirurgie.

Orthoplastie siliconée moulée sur mesure permattant de reculer la chirurgie.

Enfin, la rééducation peut aider à conserver la souplesse (c’est à dire la mobilité) des articulations. Ce traitement nécessite des soins réguliers et ininterrompus. Lorsque la rééducation cesse, l’enraidissement se poursuit..

Chirurgie des griffes d’orteils

Se décider

La règle en chirurgie orthopédique est de ne proposer d’intervention qu’en cas de gêne bel et bien présente. Et bien entendu, elle ne se conçoit qu’après échec des traitements simples décrit plus haut.
Une seule circonstance doit faire opter pour un geste opératoire préventif : le patient à risque d’infection. A titre d’exemple, le patient diabétique présente des risques importants de développer des infections à cause de sa maladie. C’est pour cette raison qu’il ne faut pas attendre chez lui que la situation s’aggrave car elle pourrait ensuite se diffuser. C’est d’autant plus vrai qu’il présente également des difficultés de cicatrisation qui rendra la situation encore plus délicate si elle s’aggrave.
Pathologies peuvent faire adopter la même attitude, comme c’est le cas des atteintes neurologiques ou l’artérite des membres inférieurs.

Principes chirurgicaux

L’excision isolée des cors est insuffisante puisqu’ils ne sont que la conséquence de la déformation. Il faut donc agir de façon à remettre à plat l’orteil, et si possible éviter la récidive de la griffe.
Deux types de structures anatomiques sont l’objet de la chirurgie :

  • Les parties molles : tendons et enveloppes articulaires. Il participent à la déformation en se rétractant et empêchant la remise à plat de l’orteil. Ils sont donc sectionnés.
  • Les os et articulations. Ils sont les « victimes » des rétractions des parties molles. Néanmoins, les os peuvent être sectionnés (ostéotomie) et les articulations bloquées (arthrodèse) afin de pérenniser la remise à plat de l’orteil.

Deux familles de techniques chirurgicales sont utilisées. Les deux ont toutefois les mêmes objectifs qui respectent les principes énoncés.

Chirurgie classique

Les cors sont supprimés par de courtes incisions qui permettent d’accéder plus en profondeur aux autres structures anatomiques. Les tendons, os, et articulations, font alors l’objet des gestes décrits plus haut, mais ils sont réalisés sous le contrôle de la vue.

Orteil en griffe : présence d'un cor dorsal

Orteil en griffe : présence d’un cor dorsal

Orteil en griffe : résection articulaire à ciel ouvert

Orteil en griffe : résection articulaire à ciel ouvert

Orteil en griffe : disparition de la déformation après chirurgie

Orteil en griffe : disparition de la déformation après chirurgie

L’utilisation de matériel, métallique ou non, n’est pas indispensable. Les corrections peuvent être fixées au moyen de broches amovibles. Extériorisées à l’extrémité de l’orteil, elles font l’objet d’une ablation en consultation, sans la moindre douleur, quelques semaines après l’opération.

Orteil en griffe : chirurgie d'arthrodèse fixée par broches transitoires extériorisées à la pulpe

Orteil en griffe : chirurgie d’arthrodèse fixée par broches transitoires extériorisées à la pulpe

Chirurgie percutanée

D’apparition plus récente en France, les techniques de chirurgie percutanée répondent aux mêmes principes qu’en chirurgie classique. La différence réside dans la façon de pratiquer ces geste.
Les parties molles sont sectionnées à travers des incisions millimétriques. A travers ces mêmes incisions, des ostéotomies et arthrodèses sont effectuées à la fraise motorisée.
Compte tenu de la très petite taille des incisions, il est exclu de mettre en place du matériel, à l’exception de broches qui peuvent être insérées en percutané.

Orteil en griffe : ténotomie percutanée du court fléchisseur

Orteil en griffe : ténotomie percutanée du court fléchisseur

Orteil en griffe : ténotomie percutanée du long extenseur

Orteil en griffe : ténotomie percutanée du long extenseur

Les cors sont laissés en place et régressent en quelques semaines puisque leur cause a disparu. Il faut donc savoir rassurer un patient inquiet de voir perdurer ces durillons.
Les suites opératoires sont plus simples puisque les techniques moins agressives. Mais les complications existent tout autant et l’apparente simplicité d’une chirurgie avec de minuscules cicatrices ne doit pas les faire oublier.
Enfin, il s’agit de geste difficiles nécessitant une formation chirurgicale solide, comportant notamment des cours sur cadavres.