Pied Creux

Le pied creux est une déformation moins connue du grand public que l'hallux valgus ou les orteils en griffe, et pourtant régulièrement rencontrée en consultation de chirurgie du pied. Contrairement au pied plat valgus, qui correspond à un affaissement de la voûte, le pied creux en est l'exact opposé : une voûte plantaire exagérément marquée. Cette déformation ne doit jamais être banalisée, car elle peut être le premier signe d'une atteinte neurologique et retentit souvent sur d'autres structures du pied, notamment les orteils et la cheville.
Pied Creux : qu'est-ce que c'est ?
Le pied creux est une déformation caractérisée par une exagération de la voûte plantaire, à l'inverse du pied plat. Cette voûte, normalement présente mais discrète, devient anormalement haute, modifiant la répartition des appuis du pied au sol et retentissant sur l'ensemble de la statique du membre inférieur.
Contrairement à une idée répandue, le pied creux n'est pas une simple curiosité morphologique. Il s'agit le plus souvent d'un signe d'appel, révélant parfois une atteinte neurologique sous-jacente qu'il convient de rechercher systématiquement, en particulier lorsque la déformation apparaît ou s'aggrave à l'âge adulte, ou touche les deux pieds de façon asymétrique.
Les causes du pied creux
Les causes neurologiques
Dans une part importante des cas, le pied creux traduit un déséquilibre entre les muscles qui animent le pied, lui-même lié à une atteinte neurologique. La maladie de Charcot-Marie-Tooth est la cause la plus fréquente chez l'adulte jeune. D'autres pathologies neurologiques, centrales ou périphériques, peuvent également être en cause : séquelles de poliomyélite, spina bifida, tumeur médullaire, ou atteintes plus rares du système nerveux.
C'est pour cette raison qu'un bilan neurologique est systématiquement proposé devant un pied creux, surtout lorsqu'il est évolutif, asymétrique, ou associé à d'autres signes (troubles de la sensibilité, faiblesse musculaire, antécédents familiaux similaires).
Les causes idiopathiques
Dans d'autres cas, aucune cause neurologique n'est retrouvée malgré un bilan complet. On parle alors de pied creux idiopathique. Il s'agit généralement de formes moins marquées, souvent découvertes dans l'enfance ou l'adolescence, et qui évoluent peu avec le temps.
Les causes traumatiques ou séquellaires
Le pied creux peut enfin apparaître à la suite d'un traumatisme (fracture du calcanéum ou du talus mal consolidée) ou d'une intervention chirurgicale antérieure ayant modifié l'équilibre musculaire ou osseux du pied.
Les formes et l'évolution du pied creux
Le pied creux se caractérise par une combinaison variable de plusieurs éléments : une accentuation de la voûte plantaire, un varus de l'arrière-pied (le talon part vers l'intérieur), et souvent une griffe des orteils associée, l'avant-pied venant en flexion plantaire par rapport à l'arrière-pied.
On distingue schématiquement le pied creux antérieur, où la déformation prédomine sur l'avant-pied, du pied creux postérieur, où c'est l'arrière-pied qui est principalement en cause, les formes mixtes étant les plus fréquentes. Ce déséquilibre musculaire de l'avant-pied favorise fréquemment l'apparition de griffes des orteils, les deux déformations évoluant souvent de concert.
Avec le temps, la déformation initialement souple peut se rigidifier. Le pied perd sa capacité à se remettre à plat, y compris passivement, ce qui modifie la prise en charge thérapeutique et peut orienter vers une solution chirurgicale.
Les conséquences du pied creux au quotidien
Le pied creux modifie profondément la répartition des appuis. La voûte étant surélevée, le poids du corps se concentre sur le talon et sur l'avant-pied, notamment sous les têtes des premiers et derniers métatarsiens, exposant à des douleurs et des durillons à ces endroits, un tableau proche de celui observé en cas d'hyper-appui sous l'avant-pied. Cette surcharge de l'avant-pied peut également favoriser l'apparition d'un névrome de Morton, qu'il convient de rechercher devant des douleurs entre les orteils.
L'association fréquente à une griffe des orteils entraîne les mêmes complications que celles observées sur les griffes isolées : cors, conflits avec les chaussures, difficultés de chaussage.
Le varus de l'arrière-pied déséquilibre également la cheville, qui a tendance à se tordre vers l'extérieur. Les patients porteurs d'un pied creux rapportent ainsi fréquemment des entorses de cheville à répétition, avec un risque d'instabilité chronique de la cheville s'installant progressivement, une atteinte souvent associée à des pathologies des fibulaires qui stabilisent normalement l'arrière-pied.
Diagnostic du pied creux
L'examen clinique est essentiel. Il évalue la statique du pied en charge, la souplesse ou la rigidité de la déformation, la présence d'un varus de l'arrière-pied et d'une griffe des orteils associée, ainsi que l'état cutané sous les zones d'appui.
Un examen neurologique complet est systématiquement réalisé, à la recherche de troubles de la sensibilité, d'une diminution de la force musculaire ou de réflexes anormaux, pouvant orienter vers une cause neurologique.
Les radiographies du pied en charge permettent de mesurer précisément l'importance de la voûte et du varus de l'arrière-pied, et de suivre l'évolution de la déformation dans le temps.
En cas de suspicion d'une origine neurologique, un avis neurologique spécialisé est demandé, complété si besoin d'un électromyogramme (EMG) et parfois d'une IRM médullaire ou cérébrale.
Traitement conservateur du pied creux
Aux stades débutants ou modérés, plusieurs mesures conservatrices peuvent être proposées.
Des semelles orthopédiques sur mesure permettent de mieux répartir les appuis, de soulager les zones de surcharge (talon, avant-pied) et de stabiliser l'arrière-pied. Elles constituent le traitement de première intention.
Le choix des chaussures est également important : privilégier des chaussures à tige montante offrant un bon maintien de la cheville, avec un amorti suffisant sous le talon et l'avant-pied.
La kinésithérapie peut être utile pour entretenir la souplesse du pied, renforcer les muscles stabilisateurs de la cheville et travailler l'équilibre, particulièrement chez les patients sujets aux entorses à répétition.
Le suivi régulier par un pédicure-podologue permet de traiter les durillons liés aux zones d'hyperappui.
Quand la chirurgie devient-elle nécessaire ?
Le recours à la chirurgie est envisagé lorsque la déformation devient rigide et ne répond plus aux semelles orthopédiques, lorsque les douleurs sous les zones d'hyperappui persistent malgré un traitement bien conduit, ou lorsque l'instabilité de cheville associée entraîne des entorses à répétition invalidantes. Une prise en charge neurologique préalable de la cause, lorsqu'elle est identifiée, reste indispensable avant toute décision opératoire. La stratégie chirurgicale, souvent combinée sur les parties molles et sur l'os, est discutée au cas par cas avec le chirurgien, qui pourra s'appuyer selon les cas sur une chirurgie classique, percutanée ou mini-invasive.
FAQ
Le pied creux n'est pas systématiquement grave, mais il justifie toujours une consultation, en particulier chez l'adulte, car il peut traduire une atteinte neurologique sous-jacente qu'il est important d'identifier.
Oui, toute aggravation progressive de la voûte plantaire ou du varus de l'arrière-pied doit conduire à une consultation, tout comme la survenue d'entorses de cheville à répétition.
Dans la majorité des cas, oui, à condition d'adapter le chaussage et éventuellement de porter des semelles orthopédiques. Un suivi régulier permet d'éviter que les complications (durillons, instabilité de cheville) ne s'installent.
Aux stades souples, les semelles orthopédiques et la kinésithérapie permettent souvent de stabiliser la situation et de limiter les douleurs, mais elles ne corrigent pas la déformation osseuse elle-même.
Consultation et prise en charge
Les docteurs Cyrille Cazeau, Yves Stiglitz et Maxime Sadoun, chirurgiens orthopédistes spécialisés en chirurgie du pied et de la cheville à Paris, assurent le bilan et le suivi des pieds creux, en lien si besoin avec un neurologue, du diagnostic initial jusqu'à la prise en charge chirurgicale des formes évoluées.